8 conseils d’artistes utiles aux créateurs d’entreprise

By Lotfi BENYELLES

L’état d’esprit pour se lancer, les 8 leçons de Stephen King

Bonne nouvelle! Près de 50% des entreprises parviennent à dépasser les 5 ans d’existence*. Et les startups s’en tirent plutôt mieux que d’autres secteurs de l’économie**. Pour la Coface, l’explication tient au fait que les créateurs de startup préparent un peu mieux leur business plan.

En fait, cet énoncé général et les deux articles qui s’y réfèrent posent problème. Ils assimilent le fait d’être prêt au fait de disposer d’un bon business plan et de savoir faire des reportings à des investisseurs. Or, au moment de la création d’entreprise,  il est assez rare que l’entrepreneur soit « prêt ».  Mais ce n’est pas grave en soi. Ce qui compte, c’est qu’il mesure assez vite que la situation de créateur dans laquelle il s’est placé implique un changement d’état d’esprit.

Ce nouvel état d’esprit accorde un place très importante à l’expérimentation et à l’apprentissage. On le retrouve également chez les artistes et les écrivains. C’est pourquoi le livre “Ecriture : Mémoires d’un métier” de Stephen King est un ouvrage précieux pour ceux qui se préparent à se lancer.

Matisse expérimentait

Henri Matisse est connu pour ses tableaux célèbres, comme la Danse ou Le bonheur de vivre. Pourtant, son travail ne consistait pas à peindre chef d’œuvres à la chaîne.

Matisse s’est levé chaque matin pendant soixante ans et a produit des œuvres. Il parvenait à réaliser certaines en quelques jours, mais la plupart du temps, il s’acharnait pendant des mois avant d’arriver à quelque chose de satisfaisant pour lui. Le peintre est connu pour avoir détruit lui-même de nombreux tableaux qu’il jugeait ratés. L’un d’entre eux, Le Nu Rose était considéré comme un chef-d’œuvre par Bonnard.

Le témoignage rapporté en 1954 par l’historien d’art Gaston Diehl vient confirmer le goût du peintre pour l’essai : « Je ne peux chercher que par tâtonnements, en modifiant sans cesse mes compartiments de couleurs et mes noirs. »

L’importance du processus : essais, échecs et réussites

Toutes ces années, Matisse a donc expérimenté aidé par son épouse. Il a recherché de nouveaux pigments pour varier l’éclat à ses couleurs. Il a fait évoluer son dessin pour voir comment la ligne pouvait évoquer le mouvement. Il s’est également interrogé sur le rôle du motif et de l’ornement et a cherché de nouvelles façons de les exploiter.

Les récits d’artistes ou d’entrepreneurs en disent peu sur leur état d’esprit

L’exemple de Matisse nous éclaire également sur un travers des récits de personnages qui ont produit une œuvre remarquable***. Ils se focalisent sur ce que nous connaissons d’eux : leurs tableaux, leurs livres, etc. Mais ils ne nous disent rien de leur quotidien, de la façon dont ils s’y prenaient pour avancer au jour le jour.

Les histoires entrepreneuriales sont elles aussi souvent présentées par le résultat comme nous l’avons vu dans cet article sur Thomas Edison. Dans ces histoires-là, on présente la création d’une entreprise comme le résultat de la trajectoire héroïque du fondateur.

Mais peu d’ouvrages s’attardent sur l’état d’esprit de ces personnes créatives. Dans le cas d’Edison, certaines de ses petites phrases sont devenues des lieux communs, mais elles sont insuffisantes pour nous donner une idée précise.

En parlant d’état d’esprit, j’évoque une façon de penser et des habitudes acquises grâce auxquelles on valorisera bien plus le processus qui permet d’aboutir à un résultat que le résultat lui-même.

Cet état d’esprit nous fait abandonner l’idée que l’on doit absolument obtenir immédiatement un résultat. Il nous encourage à procéder à des essais qui nous permettront de faire des erreurs et d’apprendre. Adopter cet état d’esprit ne va pas de soi, car nous sommes formés dans des cadres (écoles ou entreprises) qui récompensent l’obtention de résultats planifiés et évaluables à court terme.

Une exception, « Écriture » de Stephen King

En 1999, l’écrivain Stephen King fut renversé par un chauffard alors. qu’il se promenait à pied sur une route de campagne. Il survécut à l’accident, mais passa plusieurs mois à l’hôpital. Durant cette période, il rédigea un livre intitulé « Écriture » dans lequel il précisait ce qui caractérise pour lui le travail et l’état d’esprit de l’écrivain. Cet ouvrage est très intéressant, car il est le seul que je connaisse à présenter le travail du créateur en termes de comportement et d’habitudes de travail. Voici donc 8 conseils que donne l’écrivain américain.

Trouver une activité où nous trouverons les ressources pour continuer.

Il est difficile de s’engager dans une activité si nous savons que celle-ci ne nous intéresse pas. Une activité répétitive et sans intérêt finit nécessairement par nous décourager. Il vaut mieux dans ce cas changer de sujet et trouver un terrain où nous disposerons des ressources pour continuer à creuser. Avant d’être peintre, Matisse commença une carrière professionnelle de clerc de notaire qu’il abandonna très vite pour devenir peintre.

S’éclaircir les idées en procédant à des essais

Lorsqu’il démarre, le créateur n’a pas à avoir les idées claires sur ce qu’il obtiendra finales. C’est en travaillant qu’il crée. Stephen King a remarqué que dans son cas, il perdait du temps lorsqu’il cherchait à figer trop tôt le caractère de ses personnages. Ces caractères doivent-être le fruit d’une progression dans l’écriture de l’auteur. Un auteur qui commence à écrire un livre a nécessairement une perception des personnages aussi erronée que celle de son lecteur aura en commençant sa lecture.

La difficulté n’est pas une raison valable pour arrêter

Il y a des jours où il est plus difficile d’avancer que d’autres. Ces résistances sont intéressantes, car elles permettent d’identifier les fausses routes ou les blocages en nous. Il faut donc travailler, même si l’on n’en a pas envie.

Se nourrir intellectuellement grâce aux lectures et aux rencontres.

En conseillant aux écrivains de se nourrir en permanence de lectures (au moins 4 heures par jour), Stephen King veut en fait dire qu’il faut se nourrir en permanence des références et de l’imaginaire du milieu dans lequel on intervient.

Les livres (et les bons livres en particulier) sont une bonne façon de le faire. Mais ils ne sont pas les seuls. La rencontre avec ceux à qui on souhaite s’adresser et ceux dont on veut parler est tout aussi importante.

De même, il est intéressant de voir que bon nombre d’artistes se sont affirmés au sein de groupes et de communautés fécondes. On pensera aux peintres Nabis, aux écrivains surréalistes ou du nouveau roman, etc. Lorsque dans The Lean Startup, Eric Ries parle de renaissance entrepreneuriale, c’est cette fécondité qu’il évoque. Aujourd’hui, nous avons la possibilité d’échanger et d’accéder plus facilement à des lieux réels où les idées foisonnent.

Enfin, il est utile de rappeler que de grands entrepreneurs de notre temps ne se sont pas enfermés dans la littérature managériale. Dans ses interviews, Steve Jobs n’a jamais caché son très grand intérêt pour l’art moderne. De même, un entrepreneur créatif comme George Lucas a toujours reconnu le rôle qu’ont joué le roman Ulysses de James Joyce ou les œuvres d’art des Indiens d’Amérique dans son parcours.

S’imposer un rythme quotidien

Stephen King s’impose un rythme quotidien. Il l’assimile d’ailleurs à un rituel. ‡Il démarre chaque jour à la même heure et ne quitte son bureau qu’une fois qu’il a rédigé ses dix pages quotidiennes.

Se fixer des objectifs concrets

Pour lui, ces objectifs concrets et délimités dans le temps sont l’outil le plus efficace pour avancer.

Trouver les gens pour vous faire des retours pertinents

Ces retours sont essentiels. Pour Stephen King son lecteur idéal est son épouse, c’est d’abord pour elle qu’il écrit.

L’argent ne peut pas être la motivation principale

Tout comme Matisse fût un peintre très riche, l’écrivain américain reconnaît avoir gagné beaucoup d’argent avec ses livres. Il précise toutefois qu’il n’a jamais écrit le moindre mot en ayant en tête l’argent qu’il pourrait gagner avec.

Conclusion

Écriture : Mémoires d’un métier est un guide pratique très intéressant et simple à lire. Il passe néanmoins un peu vite sur certaines difficultés que connaissent les créateurs, comme la question des résistances qui nous découragent progressivement. C’est pourquoi une lecture complémentaire sera nécessaire, « The War of Art » de Steven Pressfield. Ce dernier sera résumé dans un prochain article.

Livre

Ecriture : Mémoires d’un métier

Autres Sources

* Passer le cap des 2 à 5 ans, une épreuve périlleuse à franchir avec les bons outils – Article de Maddyness

** Les start-up meurent moins que les autres entreprises – Article de l’Usine digitale

*** Henri Matisse, Écrits et propos sur l’art

 

Dessin inspiré d’une photographie de Robert Capa, “Henri Matisse au travail”.

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