L’état d’esprit de l’artisan, une alternative à la semaine de 4 heures

By Lotfi BENYELLES

La semaine de quatre heures

Presque tout entrepreneur né après les années 80 a lu la Semaine de 4 heures de Tim Ferris. Ce livre a largement influencé l’entrepreneuriat moderne. Pour le meilleur et pour le pire. On assiste depuis quelques années à une multiplication de hackers qui reprennent certains arguments du livre pour promettre une métamorphose personnelle en quelques jours. Non, malheureusement, une semaine ne dure pas 4 heures

“Bonjour, je m’appelle Emmanuel Fredenrich et il y a seulement quelques années, j’habitais chez mes parents, mon compte en banque était vide. Deux ans et demi plus tard, je suis devenu millionnaire en partant de rien.

Vous voulez obtenir tout ce que vous avez toujours voulu avoir dans la vie, naturellement, sans effort ?

Le secret que je voudrais partager avec vous : c’est le moyen le plus rapide d’obtenir ce que vous voulez sans avoir à vous tuer à la tâche.”

Cette proposition vient d’une vidéo faite début 2018 par un coach en développement personnel, Emmanuel Fredenrich.

Elle a été à l’origine d’échanges féroces qui ont animé la sphère de l’entrepreneuriat web et du webmarketing français. Stan Leloup résume et analyse la polémique ici.

Ces dernières années, les vidéos promotionnelles et annonces sponsorisées de ce type se sont multipliées sur les réseaux sociaux.

“Découvrez les 5 conseil décisifs de tel gourou pour gagner plus en travaillant moins”, “Suivez ce hack secret et révolutionnaire qui va changer votre vie en quelques semaines”, “Devenez riche et découvrez le succès en trois mois”, …

Dans certaines d’entre-elles, l’entrepreneur à succès nous montre son cadre de travail : un transat, l’ombre d’un palmier et la mer à l’arrière plan. On notera aussi l’abondance de mots qui fonctionnent comme des déclencheurs émotionnels et éteignent notre rationalité : libre, rêve, vie, riche, rapide, argent, etc.

Pour nous, misérables humain.e.s qui avons encore du travail à finir après avoir couché les enfants, la pilule bleue est tentante.

Le développement personnel peut être un atout

En effet, pour la plupart d’entre nous, accepter les risques et acquérir l’état d’esprit spéculatif lié à l’entrepreneuriat ne va pas de soi.

Confiance, productivité, vision… les bénéfices d’un accompagnement de qualité peuvent être redoutables.

De nombreux entrepreneurs y ont eu recours et je n’échappe pas à cette règle.

L’obsession du raccourci

Mais ce n’est pas ce que proposent les apprentis gourous dont nous venons de parler.  Ces derniers tentent d’exploiter l’obsession du raccourci. Un désir qui nous pousse à croire que nous pouvons obtenir en quelques jours les résultats que d’autres ont mis des années atteindre.

Derrière cette inflation de raccourcisseurs de temps, on devine facilement l’influence de Tim Ferris et de son livre, La semaine de 4 heures.

Ce livre contient de nombreuses indications pertinentes et il a incontestablement contribué au développement du climat entrepreneurial actuel.

Mais en insistant sur l’idée qu’une compétence pouvait s’acquérir rapidement et que le travail hebdomadaire de l’auteur ne dépassait pas quatre heures, il a favorisé cette obsession du raccourci.

Tim Ferris a d’ailleurs corrigé son propos par la suite.

Une lecture erronée de la semaine de 4 heures ?

Dans une interview accordée au blogueur Olivier Roland, Tim Ferris se plaignait de la lecture erronée que certains font de son livre.

Je pense qu’une des plus mauvaises interprétations du livre est que les gens pensent que le but est de rester “inactif”, de rester à la plage ou faire du snowboard pour le restant de leurs jours, ce qui est d’ailleurs acceptable si c’est pour les vacances, ou pour seulement quelques mois, après avoir travaillé des années.

Mais au final, le but est d’avoir le contrôle de son temps, la plus rare des ressources, et, lorsque que l’on contrôle ce temps – il y a bien sûr des gens qui vont le gâcher malgré le contrôle qu’ils en ont – mais j’espère qu’il y aura une grande partie de mes lecteurs qui l’utiliseront positivement et auront un impact sur le monde.

En fait, dans cette interview, Tim Ferris pose la seule question qui vaille. Est-ce que travailler 4 heures par semaine a un sens ?

Sa réponse est claire : il est possible de dormir et végéter 164 heures par semaine, mais ça n’a pas de sens.

Pour Tim Ferris comme pour la plupart d’entre nous, notre parcours est une quête de sens et nous ne cesserons jamais de travailler.

Une retraitée ne végète pas après sa carrière, elle trouve une nouvelle activité dans laquelle elle s’épanouira.

Un enfant peut passer deux heures à préparer une charlotte à la fraise avec ses parents, il ne verra pas ce travail comme une contrainte mais comme un plaisir.

La différence, c’est donc le sens que nous donnons à notre travail.

Pour Tim Ferris, nous prenons le contrôle de nos vie en cessant de vendre notre temps de vie à un employeur ou à un client. Une fois libérés de cette contrainte, le temps passé à travailler devient un moyen de se construire en tant que personne et en tant qu’entrepreneur.

Fuir les difficultés

Malgré la mise au point de Tim Ferris, l’obsession du raccourci s’est généralisée. Les conséquences d’un tel état d’esprit sont repérables aux attitudes de nombreux entrepreneurs :

  • se précipiter sur une idée en croyant qu’elle est exceptionnelle et qu’il faut la mettre en oeuvre le plus vite possible avant que quelqu’un d’autre ne l’ai
  • se focaliser sur ses compétences et ignorer ses axes d’amélioration (se consacrer à la vente si on a un background marketing, ne faire que développement web si on est informaticien, etc.)
  • sous-traiter les développements sans s’impliquer soi-même dans le volet technique
  • privilégier le networking, auprès d’investisseurs potentiels au détriment du temps passé avec ses équipes et ses prospects / clients
  • recruter dès le début pour certaines tâches administratives plutôt que de les prendre en charge soi-même
  • mettre en avant de délais fantaisistes : construire une liste email de qualité en une semaine, doubler son chiffre d’affaire tous les mois, etc.

Ces entrepreneurs privilégient la facilité.

L’état d’esprit de l’artisan

“Ce qui manque dans tout cela, c’est l’état d’esprit de l’artisan. L’expertise et l’attention que l’entrepreneur consacre à son métier sont les principaux facteurs de succès et non pas une série de hacks foireux.” – Daniel Tawfik

Daniel Tawfik est un entrepreneur américain. Il est le créateur de la startup Zen Patient qui traite l’historique du dossier médical d’un patient et aide les médecins à améliorer leurs diagnostics.

Dans cet article de son blog, il indique que l’état d’esprit du créateur d’entreprise doit favoriser la multiplication d’expériences et la curiosité. L’entrepreneur ne doit pas craindre la difficulté et l’effort.

Daniel Tawfik compare cet état d’esprit à celui de l’artisan. Cet état d’esprit allie curiosité et goût pour le travail : son travail et celui des autres.

Acquérir des compétences nouvelles …

En effet, le développement d’une entreprise et d’une startup en particulier est une course vers l’acquisition de compétences nouvelles.

Ces dernières doivent réaliser beaucoup de choses alors qu’elles ne disposent pas des ressources et des compétences pour le faire.

Or, ce manque de ressources est une chance.

Il oblige des créateurs d’entreprise à s’adapter et à acquérir de multiples compétences et vite. C’est ce dont témoignent ici les fondateurs de la startup moichef.fr.

… plutôt que des investissements

Une startup doit d’abord privilégier cette acquisition de connaissances plutôt que de s’obstiner à faire venir des investisseurs extérieurs. Le créateur de l’entreprise devra connaître son point de départ, son profil d’innovateur pour savoir quels apprentissages il doit faire.

Ainsi, un ingénieur qui créé sa startup devra privilégier l’acquisition de compétences dans un domaine dans lequel il n’est pas spontanément à l’aise, le marketing et le commercial.

De même, un marketeur qui créé sa société devra s’impliquer dans la compréhension du développement technique.

C’est cette exploration de territoires inconnus qui permettra une croissance que Daniel Tawfik qualifie de catalytique. C’est à dire une croissance dont le résultat est supérieur à la simple addition des ressources qui la compose.

L’état d’esprit “La semaine de 4 heures”, une façon de ruiner ses chances

Travailler une petite heure sur une plage ou entre deux pistes de ski n’est pas la meilleure façon de s’engager dans cette acquisition d’expérience.

Avec cette approche du monde, nous imaginons que seules nos idées nous permettront d’avancer. Qu’il nous suffira de donner quelques instructions pour que d’autres les mettent en oeuvre.

Aucune entreprise n’a jamais été le résultat d’une idée pure et le cimetière des startups est rempli de bonnes idées qui n’ont jamais su s’adapter à la réalité.

En renonçant à l’obsession du raccourci et en s’investissant pleinement dans l’acquisition de connaissances nouvelles, un entrepreneur se construit lui-même.

Ces connaissances ne sont pas la garantie d’un succès immédiat, mais elle ouvriront des possibilités nouvelles dans une carrière d’entrepreneur au long cours.

Livre

La semaine de 4 heures : Travaillez moins, gagnez plus et vivez mieux !

A écouter

Les deux profils d’innovateurs

 

Nota : Je me suis permis de reprendre le titre de l’article du blog de Daniel Tawfik.

 

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